Chaque année, 500 millions de vacanciers partent à la mer. Plages, plongées, croisières en catamaran. Et dans la valise, toujours la même chose : la crème solaire. Sauf que cette protection indispensable pour la peau pose un vrai problème aux récifs coralliens. Pas de panique, il existe des solutions. Mais d'abord, comprendre.
Les coraux : un écosystème fragile et essentiel
Sous leur apparence de plantes, les coraux sont des animaux minuscules qui s'accumulent en myriades de squelettes calcaires. On appelle ça des récifs coralliens.
Ces récifs abritent un tiers de toutes les espèces marines connues, soit près de 100 000 espèces. Ils protègent les côtes des vagues. Ils fournissent de la nourriture -- poissons, coquillages -- aux populations locales.
Bref, ils sont vitaux. Et ils sont en train de mourir.
Un litre de crème par seconde dans les océans
Chaque seconde, près d'un litre de crème solaire se répand dans les mers du globe. Selon les chercheurs, un quart de la crème étalée sur le corps se dissout dans l'eau après seulement 20 minutes de baignade.
Avec 16 000 à 25 000 tonnes de crème utilisées chaque année dans les régions tropicales, on estime que les récifs coralliens absorbent entre 4 000 et 6 000 tonnes de crème par an.
Le blanchissement des coraux
Une étude italienne publiée en 2008 a démontré que les filtres chimiques censés contrer les rayons UV sont directement responsables du blanchissement des coraux. Les molécules qui les composent -- benzophénones ou aminobenzoates -- provoquent la prolifération d'un virus chez les zooxanthelles, des algues qui vivent en symbiose avec le corail.
Quand la zooxanthelle meurt, le corail devient blanc et dépérit à son tour.

Les filtres minéraux : pas la solution miracle
On trouve de moins en moins de produits à base de filtres chimiques dangereux, accusés d'être des perturbateurs endocriniens pour les humains comme pour les organismes marins. Ces filtres organiques, chargés d'absorber les rayons UV à la place de la peau, sont progressivement remplacés par des filtres minéraux qui réfléchissent les rayons UVA et UVB comme des miroirs.
Le problème du dioxyde de titane
Le dioxyde de zinc et le dioxyde de titane sont les deux types de filtres minéraux autorisés. Mais ils posent eux aussi problème.
Une étude de l'université des Baléares publiée en 2014 a prouvé que le dioxyde de titane peut « inhiber la croissance du phytoplancton », à la base de la chaîne alimentaire marine. Sur les plages très fréquentées, on observe une irisation de la surface de l'eau, signe que ce produit perturbe l'échange entre l'air et l'eau. Dangereux pour les organismes marins.
Pour l'homme aussi, les conséquences d'un usage irraisonné peuvent être graves : troubles immunitaires, voire lésions cancéreuses, selon une étude de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).
Et le bio, alors ?
Les crèmes solaires bio excluent les parfums, les parabènes et les conservateurs synthétiques. Mais elles ne sont souvent pas exemptes de dioxyde de titane, dont la nocivité pour le plancton a été prouvée.
Des efforts sont faits par certains laboratoires, en lien avec des ONG comme Surfrider ou Green Cross. Mais la crème 100 % biodégradable, avec un effet nul sur l'environnement, n'existe pas encore.
Choisir une crème moins nocive
À défaut de disposer de la crème miracle, il est possible de choisir des alternatives présentant un moindre danger pour l'environnement.
Les ressources utiles
· Haereticus Environmental Lab publie chaque année une liste des crèmes solaires répondant à un cahier des charges strict.
· Environmental Working Group édite un guide des écrans solaires les moins nocifs.
· Consumer Products Inventory propose une base de données qui indique si votre crème contient des nanoparticules.
· Coral Guardian publie une liste de substances dangereuses à éviter.
Privilégiez les crèmes exemptes de nanoparticules, qui ne risquent pas d'être ingérées par les coraux.
Les mesures prises sur certains sites
Face au problème, certaines destinations et compagnies de croisières réagissent.
Au Mexique
Certaines agences de voyage contraignent les touristes à n'utiliser que de l'écran solaire biodégradable. Un contrôle strict est effectué sur les plages des parcs naturels.
Les zones « sun cream free »
Certaines réserves maritimes interdisent purement et simplement l'usage de la crème solaire en délimitant des zones protégées.
À Hawaï
Des hôtels et des compagnies aériennes distribuent gratuitement des échantillons de crème solaire dépourvue de composés chimiques délétères. La plupart des hôtels informent leurs clients des restrictions en vigueur.
En 2018, Hawaï est devenu le premier État à interdire la vente d'écran solaire contenant de l'oxybenzone et de l'octinoxate, deux composés chimiques particulièrement néfastes. Un précédent.
Les bonnes pratiques à bord
Comment se protéger du soleil sans détruire les coraux ? Quelques règles simples.
Privilégier les vêtements
Les vêtements sont aussi efficaces que l'écran solaire pour protéger la peau. Chapeaux à bords larges, combinaisons anti-UV : ils vous couvrent bien mieux qu'une crème vite dissoute dans l'eau de mer.
Éviter les heures chaudes
S'exposer entre midi et 16 heures est contre-indiqué. Pendant les escales, privilégiez l'ombre, profitez du catamaran pour faire une sieste, partez explorer un sentier sous les arbres.
Pour le visage : choisir avec soin
Le visage est la zone la plus sensible et la plus exposée. Privilégiez les crèmes les moins nocives, sans nanoparticules, sans oxybenzone, sans octinoxate.
Une responsabilité partagée
Si les récifs coralliens venaient à disparaître, nous perdrions un écosystème vital pour la planète. Les croisières en catamaran nous offrent le privilège d'observer ces merveilles de près. Palmes aux pieds, masque sur le visage, on glisse au-dessus des coraux. On voit les poissons, les couleurs, la vie foisonnante.
Cette beauté fragile nous engage. Choisir une crème solaire adaptée, limiter son usage, privilégier les vêtements : ce sont des gestes simples. Efficaces. À la portée de tous.
Les coraux ont survécu à des millions d'années d'évolution. Ils méritent qu'on fasse un effort pour les 20 minutes qu'on passe à l'eau.